Une réponse à un « besoin » : la conversation du vin

En fait, le vin a toujours eu un souci de transport. Malade en mer, malade en voiture, malade au soleil, ce produit est pire qu’un gamin. Mais, après de fidèles et loyaux services, les adeptes ont rapidement décrété de ce produit qu’il était du statut de première nécessité. Et qu’il fallait donc tou- jours pouvoir en avoir sur soi. Enfin presque.

Et donc que la contenance d’une barrique, ou d’une amphore, c’était quand même un peu beaucoup. C’est en 1632 qu’un ingénieur anglais mets au point la bouteille de vin moderne : goulot resserré, base évasée. Dès 1732, les premières bouteilles françaises sont produites par la Verrerie Pierre Mitchell située… à Bordeaux bien évidemment.

Entre les barriques et les amphores, le cœur des hommes a longtemps chaviré. L’humanité a donc dû attendre le XVIIIe siècle pour bénéficier du pragmatisme d’un peuple dont la seule qualité œnologique est de sa- voir lever le coude : les Anglais ! Signe que la bière ne suffit pas, les Anglais ont toujours été de fervents consommateurs de vin bordelais (ville à l’histoire partagée entre la France et l’Angleterre). Pas fous, ils ont rapidement vu que la barrique, très peu hermétique, n’étaient pas adaptées au transport, ni à la garde des vins. Eh oui ! Imaginez, si à chaque fois que l’on voulait du vin, il fallait affréter un navire remplit de barriques !

Crédit : toutlevin.com

La forme des bouteilles, du chauvinisme-lobbyiste d’après-guerre !

L’usage de la bouteille, bouchée hermétiquement, standardisée, et offrant de meilleures conditions de vieillissement du vin, s’est donc naturellement imposé dans le milieu bordelais courant XVIIIe siècle. Dans le même temps (aux alentours de 1728), le roi Louis XV autorise par décret l’utilisa- tion de la bouteille en verre bouchée et son transport à travers le royaume. D’abord autorisée en Champagne, cette liberté s’appliquera aussi rapidement à la Bourgogne.Par l’industrialisation et le progrès scienti- fique, l’usage des fours à charbons de qualité, la standardisation et la démocratisation des substances chimiques, l’industrie de la bouteille de verre explosera au début du XIXe siècle. Rapidement, l’usage de verre teinté noir ou vert s’impo- sera car l’on a remar- qué qu’il permet de filtrer les rayons lumineux, et donc de protéger d’autant plus le vin d’un vieillissement accéléré. L’administration française finira par normer les flacons, dans une vaste campagne de moder- nisation et de structuration du pays dans l’après-guerre.

La fraude à la contenance ayant longtemps été monnaie courante, l’harmonisation des contenants aura permis de s’assurer de la conformité des quantités échangées. Aussi, en définissant pour chaque région un style de bouteille particulier, cela permit d’éduquer la consommation et d’assurer un « marketing » naturel pour chaque région lorsqu’alignées dans des rayons de supermarchés, grande nouveauté des Trentes Glorieuses. Quelques exceptions subsistent : du Château Haut-Brion, à la bouteille reconnaissable entre toutes les bordelaises ; en passant par la flûte alsacienne, au Clavelin Jurassien aux originaux 62 cl…

Et malgré toutes ces contraintes, deux bouteilles ne sont bien entendu JAMAIS pareilles…

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